Des Marocains en Palestine : soldats, pèlerins,commerçants et étudiants à Al Qods

Les premiers Marocains commencèrent à s’établir en nombre à Jérusalem et autour de la ville lorsqu’au XIIème siècle le sultan ottoman Salaheddine fit appel au sultan marocain Yacoub El Mansour et à ses troupes pour l’aider à reconquérir la ville sainte.

Premiers soldats.

« Les troupes marocaines auraient compté jusqu’à 20% des troupes engagées pour la libération d’Al Qods » indique l’écrivain et diplomate palestinien Hassan Albalawi.

Selon d’autres historiens, les premiers Marocains s’établirent dès le milieu du Xème siècle pour y occuper des postes d’autorité de premier plan, des fonctions de juges ou de gouverneurs. « Il est impossible de comprendre le secret de l’enracinement de l’existence marocaine dans les confins de Jérusalem sans prendre en compte le contexte historique qui a donné naissance à cette présence. C’est pourquoi nous devons remonter un peu dans l’histoire pour comprendre pourquoi le Maroc a acquis tout ce prestige auprès des habitants de Jérusalem et pour savoir comment la présence des Marocains s’est établie dans cette ville sacrée ». @ Rabat à Al Qods, page 17, éditions BMAQ 2023, Rabat.

Tout d’abord, il convient de souligner que l’étude des débuts de la présence marocaine à Jérusalem du point de vue historique n’est pas un processus facile, étant donné l’absence de recherches scientifiques concluantes sur cette question. Cependant, de nombreuses sources indiquent que certains gouverneurs de Jérusalem pendant la période Ikhchidide (935-969 après J.-C./233-358 de l’Hégire), qui a précédé la période Fatimide, étaient d’origine marocaine, tels que Mohammed ben Ismaïl al-Sanhaji. La période reste encore à explorer pour révéler l’ampleur de la présence marocaine à Jérusalem et la véritable nature de la relation entre le Maroc et Jérusalem pendant la période ayyubide. @ page 18

Des recherches historiques indiquent que pendant la période Fatimide, il y avait une présence marocaine permanente ou quasi-permanente à Jérusalem. Cela est naturel compte tenu de la relation entre les Marocains et l’État fatimide, où ils constituaient la majorité de l’armée fatimide qui a d’abord conquis l’Égypte puis les terres du Levant, y compris la Palestine. Beaucoup de combattants marocains ayant choisi de se joindre aux Fatimides se sont installés à Jérusalem, et il ne serait pas surprenant de découvrir qu’ils se sont installés dans le même emplacement où le quartier marocain a été ultérieurement construit, bien que cela soit difficile à confirmer en raison du manque de preuves suffisantes. Il est certain que les Marocains étaient présents et se sont installés dans la ville de Jérusalem pendant la période fatimide. La vérité est que l’attention portée par les fatimides à la ville sainte de Jérusalem et la considération de sa préservation comme faisant partie intégrante de leur légitimité au pouvoir ont encouragé de nombreuses personnes à s’installer dans cette ville sainte, notamment les Marocains passionnés du lien entre Rabat et Jérusalem.

Cependant, la stabilité et la sécurité dont bénéficiait la ville sainte de Jérusalem au début de la période fatimide se sont affaiblies à la fin du XIe siècle. En effet, les États chrétiens européens ont profité de la faiblesse vécue par les États fatimides et d’autres États arabes islamiques pour lancer une série de croisades.

Hay Al Maghariba.

C’est à ce titre qu’au lendemain de cette reconquête les premiers Marocains s’établissent, s’installant principalement au pied de l’esplanade des mosquées à partir des années 1180. Le sultan Salaheddine avait décidé d’octroyer aux combattants marocains et algériens le quartier qui par la suite prendra leur nom. Commerçants pour la plupart, ils seront progressivement rejoints au cours des siècles par de nombreux pèlerins, marocains, mais également algériens, tunisiens et libyens. C’est ainsi qu’allait progressivement naître Hay Al Maghariba.

Le Maroc officiel est très fier de cette épopée guerrière qui illustre l’esprit de solidarité avec les coreligionnaires et la combativité de ses hommes qui auraient ainsi largement contribué à la reconquête de la ville sainte des mains des Croisés. Neuf siècles plus tard, en 1948, les Marocains se retrouveront sur les lignes de front lors de la guerre qui a suivi le vote à l’ONU de la résolution 181. Un ouvrage publié par BMAQ leur rend hommage et recense de nombreux noms, plusieurs dizaines. @Al Maghariba fi bayt Al Maqdass, pages 235 et 237.

Véritable centre de vie de la vieille ville de Jérusalem, au même titre que les quartiers chrétien, juif ou arménien, le quartier des Marocains se dotera d’organes de gestion pour son réseau éducatif et d’œuvres sociales notamment destinées à accueillir temporairement les pèlerins maghrébins sur le chemin ou de retour du Haj ou certains de ses habitants dans le besoin social.

Dès la fin du XIIème siècle, puis à nouveau à la fin du XIVème siècle, le quartier maghrébin allait être doté de deux importants waqf légués notamment par un certain Abou Mediene qui disposait d’importants biens fonciers à Aïn Kérem, au nord de la ville sainte.

Juin 1967.

Ce quartier marocain qui abritait quelques 250 familles survivra en l’état jusqu’à la conquête par l’armée israélienne de la partie arabe de Jérusalem. Mais en quelques jours en juin 1967, le quartier qui faisait face au mur des Lamentations allait être rasé à 90%, et la plupart de ses familles expulsées dans la nuit du 10 au 11 juin.

Certaines seront, parfois, indemnisées, mais surtout poussées par la force des choses, et militaire, à partir s’installer dans les faubourgs de la ville ou dans les villes et camps de réfugiés palestiniens de Cisjordanie.
Après juin 1967, on recensera des familles d’origine marocaine à Naplouse, Al Khalil et Ramallah et dans les camps de réfugiés palestiniens de Kalandia (Ramallah) et d’Al-Fawwar (Al Khalil).
L’action de destruction de l’essentiel du quartier par l’armée israélienne et les autorités municipales de Jérusalem-Ouest du quartier des Marocains fut s’y rapide et brutal, le gros de l’espace situé face au mur des Lamentations ainsi rapidement dégagé, que dès le 14 juin 1967, les premiers pèlerinages juifs purent se tenir au pied du mur des Lamentations. Depuis 1949, les autorités d’Amman n’avaient pas permis ces pèlerinages.

Hay Al Maghariba, 2023

Dans un long papier en date du 12 février 2023 et intervenant quelques semaines après l’ouvrage de Vincent Lemire « Au Pied du mur » et la réalisation de nouvelles fouilles archéologiques, la correspondante de l’Agence France Presse à Jérusalem, Claire Gounon note « sur l’esplanade du mur des Lamentations, un trou béant, dissimulé derrière des palissades opaques. »
« Dans ce quartier de la Vieille Ville détruit en quelques heures juste après la guerre israélo-arabe de juin 1967 et la conquête de Jérusalem-Est par les forces israéliennes, les archéologues croyaient qu’il ne restait rien. En janvier, la mise au jour, sous les coups de tractopelles, de ruelles et de vestiges d’habitation a créé la surprise. »
« Mais, rajoute la cheffe du bureau de l’AFP, en quelques jours, les pierres ont été retirées et la zone nivelée. » C’est l’histoire d’une Autorité israélienne des antiquités (AIA) qui niera de quelconques
« découvertes significatives » et l’historien et chercheur Vincent Lemire qui contestera ces affirmations de l’AIA.

En réalité, des murs, des traces de peinture, une cour pavée, un système d’évacuation des eaux, des jouets, des ustensiles de cuisine et des outils seront retrouvés. Pour l’AIA, il s’agissait d’une « courte session de fouilles » avant des travaux visant à solidifier, stabiliser et améliorer les infrastructures » de l’esplanade du mur des Lamentations.
« Aujourd’hui, sur l’actuel parvis, rien ne fait mention de l’existence pendant huit siècles d’un quartier maghrébin », excepté un seul drapeau marocain qui flotte discrètement dans un jardin proche de l’esplanade.

Source d’image : Vincent Lemire et Christophe Gaultier, Histoire de Jérusalem, Les Arènes BD 2023

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