Alors que le conflit entre Israël et les Palestiniens s’enfonce dans la durée à Gaza et en Cisjordanie, il devient urgent de lutter pour imposer la paix par les actions des sociétés civiles israélienne et palestinienne.
Quelques mots sur le concept de realpolitik. Celle-ci est définie comme « une approche de la politique étrangère qui privilégie les considérations pratiques et les intérêts nationaux, souvent au détriment des considérations morales ou idéologiques. Elle est souvent associée à une politique de puissance et à une acceptation de la réalité telle qu’elle est, sans chercher à l’idéaliser ou à la changer par des principes moraux ».
Alors qu’en de nombreux points de la planète les crises se multiplient et se superposent, l’heure est plus que jamais venue pour les Israéliens et les Palestiniens, et leurs soutiens internationaux pour la paix d’apporter une contribution décisive à un meilleur futur, le leur d’abord, et à celui d’une stabilisation progressive des multiples crises affectant la région du Proche-Orient.
Ce conflit qui perdure voit depuis des années, et encore plus depuis 20 mois, Israéliens et Palestiniens se tuer et s’humilier mutuellement, rendant cette situation insoutenable et intolérable, affectant également les relations judéo-musulmanes dans le monde.
Il y aura toujours des opposants à la paix. De Force juive, parti d’extrême-droite israélien, au Hamas, de manifestants pro-palestiniens qui pensant défendre la cause palestinienne encouragent le terrorisme du Hamas, et ceux qui, juifs ou musulmans, clament de manière radicalement exclusive le slogan de « la mer au Jourdain », oubliant qu’entre la Méditerranée et le Jourdain ont toujours vécu deux peuples aspirant dans leur majorité à la paix et à la stabilité. Ceci est la réalité.
Le motif d’espoir naturellement -et il est utile de le rappeler- est que malgré le sang versé depuis plus de cent ans, Israéliens et Palestiniens ont continué et continuent de travailler ensemble à Jaffa, Jérusalem, Haïfa, Bethléem, Neve Shalom ou Nazareth, en politique, dans les affaires, ou l’éducation. Ceci est la réalité.
C’est cette réalité, ajoutée à la politique de puissance israélienne et à la faiblesse du leadership palestinien qui a permis la conférence de Madrid et ses suites multilatérales, Oslo et ses accords et la fine connaissance qu’Israéliens et Palestiniens ont les uns des autres. Cet héritage de coexistence et de diplomatie démontre que la paix des braves est possible.
Elle sera le fruit de concessions mutuelles et nécessaires comme l’expliquent entre autres avec force à ceux qui veulent bien écouter leur message, Ehud Olmert et Nasser Al Qudwa, anciens dirigeants politiques, Maoz Inon et Aziz Abu Sarah, militants des sociétés civiles israélienne et palestinienne.
Aujourd’hui, pour la première fois de son histoire, aucun risque existentiel ne menace Israël. Avec le Hamas et le Hezbollah affaiblis, l’Iran sachant à quoi s’en tenir, Damas et Beyrouth qui retrouvent une certaine « stabilité » et les accords d’Abraham qui ont tenu le choc du violent 7 Octobre et de la brutale réplique israélienne, sans omettre les engagements diplomatiques américain, français et saoudien, le moment est mûr pour faire enfin la paix. Ce moment ne sera pas éternel. Il ne faut pas manquer de le saisir.
Ce mercredi 9 juillet, Gershon Baskin, militant pacifiste israélien, publiait sur WhatsApp un message intitulé « Israël doit cesser la guerre à Gaza maintenant. » Il y rappelait la situation des otages et des dizaines de Palestiniens qui continuent d’y être tués chaque jour. Il y rappelait aussi les positions des Palestiniens Rachid Khalidi ou Samir Sanjalawi sur la violence du Hamas et la perversion subie par le concept de « la mer au fleuve » tant du côté Palestinien que juif.
Nous devons soutenir les initiatives des courageuses et remarquables sociétés civiles israélienne et palestinienne. La société civile marocaine peut jouer un rôle en ce sens. Pour tout cela, la realpolitik aujourd’hui, ce n’est pas le cynisme et la brutalité. La realpolitik c’est la paix et ses horizons de reconstruction et de coopération, avec les Israéliens et les Palestiniens au centre du processus.
Jamal Amiar
Journaliste et écrivain; auteur de : Le Maroc, Israël et les Juifs marocains; culture, politique,
diplomatie, business et religion. Bibliomonde, Paris 2022 ; et Le Maroc et les Palestiniens,
1960-2024. Positive Talk, Tanger, 2025.
www.jamal-amiar.com