Politique

« Comprendre est une chose, se poser des questions en est une autre. » Linda Iris Newberry

«Au lieu d’une nouvelle identité – israélienne –, la difficile intégration vécue par certains Juifs du Maroc a contribué à forger une identité marocaine. »
Haaretz
, 10 juillet 2021

Vite surnommés Marokaï sikine, les « Marocains au couteau », en raison de faits divers commis par de jeunes Israéliens d’origine marocaine, les Marocains d’Israël allaient voir ce qualificatif leur coller à la peau pendant des années. Desservie par les mauvaises conditions d’accueil et les discriminations à son égard, la communauté juive marocaine en Israël ne verra le bout du tunnel social qu’à la fin des années 1970, au prix de combats sociaux et politiques ainsi qu’à un important travail militant et culturel.

Avec la victoire du Likoud (droite), en 1977, au détriment des travaillistes qui dirigeaient le pays sans discontinuer depuis 1948, les Israéliens marocains commençaient à sortir de longues décennies de marginalisation par l’establishment ashkénaze 1. Les Marocains ont commencé par faire entendre leurs revendications dès la fin des années 1950 avant de fonder le mouvement des Panthères noires au début des années 1970. Le choix du nom Panthères noires comme aux États-Unis reflétait et dénonçait la marginalisation sociale et le racisme affectant les Juifs du Maroc comme Reuven Abergel ou Claris Harbon2 l’exprimeront et l’expliqueront dans des médias israéliens jusque très récemment encore (…).

Alors que les Juifs marocains commencent à émigrer vers Israël dès la fin des années 1940, à l’époque de la fondation de l’État d’Israël en 1948, le rythme s’accélère au lendemain de la déclaration d’indépendance du Maroc en 1956. Le processus se poursuit après le décès de Mohamed V, en février 1961, l’avènement de Hassan II et la naissance de tensions politiques avec l’opposition socialiste et nationaliste marocaine.

Sur la période 1956-1968, plus de 100 000 juifs quitteront le Maroc de manière clandestine et semi-clandestine puis, par la suite, de manière officielle mais toujours discrète (…).